Voilà, saison terminée. C'était pas du tout ce à quoi je m'attendais. Je pensais que j'allais voir un show ultra abstrait qui allait prendre d'énormes risques narratifs, mais au final, j'ai trouvé l'ensemble bien gentillet, trop axé personnages (et pas assez concepts) à mon goût. C'est presque l'opposé de leur trilogie dans l'approche, car Matrix reposait entièrement sur des idées phénoménales au niveau macro et des partis pris narratifs suicidaires, or ici on se base sur l'écriture de microcosmes qui sortent marginalement des sentiers battus à la télé.
Pour commencer, le générique de début est un peu fade et facile... Ça peut paraître con, mais j'attendais un peu les Wacho au tournant sur ce point, avec de plus en plus de séries qui alignent les non-génériques ou les génériques banals, je voulais voir ce qu'ils allaient faire... bah ils en font rien. Le truc est logique thématiquement, mais je m'attendais vraiment à autre chose qu'une collec' de cartes postales.
Plus gros point noir : finir ou ouvrir des épisodes sur des chansons, c'est vraiment le pire poncif puant des séries TV. C'est fainéant, cliché, chiant... donc bon, JMS a quand même un peu une grande gueule quand il nous sort des "révolutionner la narration télévisuelle" et qu'ils tombent dans ce piège mélo à deux balles.
Les dialogues passent généralement bien, mais les histoires individuelles des personnages sont pas super folles dans l'ensemble je trouve... il leur arrive des péripéties, mais avant que ça se bouge un peu (épisodes 7-8 quoi), je me suis pas mal demandé où on allait avec tout ça car leurs personnalités se ressemblent beaucoup et au bout d'un moment on a l'impression qu'ils sont tous face au même dilemme... Capheus est inexistant avant l'épisode 4-5. Riley disparaît quasiment du milieu de la saison. Wolfgang aussi vers les trois-quarts. Lito n'est plus là pendant le final... Bref, la gestion du temps d'écran parait un peu inégale.
Surtout, c'est vraiment très très soapy. Je suppose que c'est du bon soap, mais perso, c'est pas tellement ma tasse de thé. Et puis, ils peuvent aligner tous les traumas d'enfance qu'ils veulent, mais ils ne pourront jamais plus me toucher que quand ils créent l'émotion à travers leur mise en scène, comme par exemple cette scène de Speed Racer où le jeune Speed demande à Rex où il part, dans une pièce à demi-éclairée... l'élégance et la puissance de l'émotion m'avait dévasté, et ça évitait tout écueil soap étalé sur des heures et des heures de dialogues. C'est probablement l'influence Straczynski après, car c'est vrai que son écriture n'a pas toujours évité les grosses pompes quand il s'agissait de développer la vie "privée" de ses personnages.
En fait, les trois créateurs de la série sont des gens dont le travail me fascine surtout quand ils s'en prennent aux idées immenses, et qu'ils nous forcent à accepter leurs règles pour mieux appréhender leur proposition, mais dès qu'ils tentent le soap, ça part parfois dans le mur (la famille de Jupiter dans JA, les rapports entre Delenn et Sheridan dans B5). Or dans Sense8, ils ont voulu traiter d'une idée immense au travers des petits problèmes de personnages somme toute ordinaires... pour quelqu'un qui admire vraiment leurs ambitions conceptuelles, l'attente se fait vraiment longue par moments avant qu'on me serve quelque chose d'excitant.
Ceci étant, B5 aussi avait une première saison qui traînait (vraiment beaucoup plus) la patte, et qui était construite comme prologue à l'histoire à venir. C'est bien si on est certain que la série fera 5 saisons, comme avec B5, mais dans le cas de Sense8, ils ont trop fait durer le plaisir... Cette obstination à ne pas montrer autre chose que ce que vivent les personnages n'est en plus même pas réellement respectée, parce qu'ils se permettent de briser leur propre règle histoire de larguer des blagounettes : quand Nomi s'échappe par le balcon, elle n'est pas censée savoir que sa copine fait semblant de changer son tampon lors de l'arrivée des flics... mais la scène est là, parce que c'est "drôle", alors que des scènes suivant Whispers ou Jonas auraient pu foutre un bon coup de pompe à l'histoire quand même... (et ils le font même dans le dernier épisodes ! Plusieurs passages que les 8 du groupe ne sont pas du tout censés pouvoir voir !).
Par contre, la montée en puissance finale (les 3 derniers épisodes) m'a plus intéressé dans ses moments qui daignent explorer la mythologie de l'univers dépeint. Mais là encore, quasiment tout était articulé autour des histoires personnelles des persos... Heureusement que Tykwer assure grave sur ses segments au Kenya et en Allemagne, car sans ses deux grosses fusillades ballsy (et ce magnifique kick de Van Damme), j'aurais peut-être décroché.
Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé les quelques expérimentations formelles, comme la scène de sexe psychique à 5 ou les visions des naissances transcendantales (je peux comprendre que ça puisse paraître con à qui ne se sentirait pas touché, mais c'est précisément le genre de tentatives que j'attendais de leur part, et qui ont un pouvoir de fascination assez fou sur moi). Les scènes d'action en partage sont vraiment très cools et plutôt excitantes, avec une mention spéciale pour la fuite de Nomi et à peu près toutes les interventions de Sun.
Malgré toutes mes remarques, ça reste le projet le plus audacieux que j'ai vu à la télé cette année, et probablement celui qui m'intéresse le plus de toute façon. Je serai là pour la saison 2 (siouplé, continuez, Netflix). Qui sait, je trouverai peut-être ça plus excitant à la deuxième vision (mais dans quelques temps hein...).