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par Arkaron » dim. août 30, 2009 6:08 pm
La première fois que l'on entend parler d'Inglourious Basterds, on se dit peut-être "oh non, encore un film sur la guerre?". Un film qui se passe pendant la guerre, oui, mais un film sur la guerre? Pas sûr. N'oublions pas qu'il s'agit de Quentin Tarantino! Qui? Tarantino, le mec qui fait des films exceptionnels sur des sujets qui sont loin de l'être. Ah, et bien force est de constater que cette fois, le monsieur a choisit un sujet hors du commun: la naissance d'une uchronie.
En règle générale, les uchronies nous plongent dans un monde bien différent du nôtre où le point de non-retour a déjà été franchi il y a longtemps, et où aucun personnage de l'histoire n'y peut plus rien. C'est tout le contraire ici, puisqu'on assiste en premier lieu à un chapitre introductif on ne peut plus réaliste, tendu et maîtrisé. Passée cette ouverture qu'on se dit impossible à surpasser tant son impact est puissant (et Quentin joue toujours sur ce faux calme avant la tempête, un long dialogue qui fait semblant de laisser planer un doute sur l'issue de la scène alors que le spectateur sait pertinemment comment ça va finir, à quelques détails près), le réalisateur enchaîne avec un développement d'histoire simple, totalement chronologique ou presque, qui ne manque cependant pas d'installer un enjeu sur le long terme, enjeu qui nous est d'ailleurs présenté d'emblée: scalper du nazi. À partir de ce moment, l'atmosphère ultra réaliste (et donc pesante) cède peu à peu la place à des situations, des répliques et des outils scénaristiques de plus en plus abracadabrantesques. Imaginez la réécriture d'une des parties les plus tristes, tragiques (mais aussi honteuses) de l'histoire de l'humanité réalisée dans un premier degré constant, sans aucune prise de distance et un sérieux à en faire pâlir Hitler en personne. Le résultat serait d'un ennui et d'un inintérêt rarement égalé, soyons en sûrs. Or Quentin Tarantino choisit de traiter ce sujet pour le moins difficile sous le signe du grotesque, car en dehors de l'héroïne du chapitre 1, tous les personnages principaux ont un côté ironique ou burlesque, d'Aldo Raine à Hans Landa en passant par le général Fenech. Ce second degré assumé est bien entendu matérialisé par une violence exagérée mais ponctuelle, mais aussi par un comique des situations et des protagonistes qu'on aurait du mal à imaginer dans la réalité qu'évoque le métrage. La seconde guerre mondiale est la conséquence d'une idéologie absurde et vide de tout bon sens, et le film ne manque pas de rappeler le fait à de multiples occasions, par exemple lorsque Goebbels projette de redécorer la cinéma de Shosanna avec des statues de la Grèce antique, ultime glorification et matérialisation du fantasme du corps masculin parfait (inutile de rappeler le sort réservé aux homosexuels sous le IIIe Reich). Le crescendo précité aboutit finalement, après moult surprises, à une conclusion presque mystique et fantastique, où Tarantino fait bien comprendre que ce film n'a rien d'un témoignage de la réalité, c'est une fiction pure et simple, point de départ d'un monde qui aurait pu être le nôtre sous certaines conditions. Et voilà que le film de guerre a pris une autre dimension, devenant à son tour un vecteur d'utopies et de rêves.
Outre cette approche (qui n'a strictement rien à voir avec un quelconque manque de respect envers les personnes qui ont vécu cette époque), Tarantino n'oublie pas d'étaler, de manière peut-être un peu outrancière, sa culture cinématographique. Il pioche dans différents genres et mélange les codes tout en maintenant son film centripète, chose parfois peu évidente dans ce genre d'exercice. Techniquement, Tarantino n'a rien perdu de sa maîtrise, au contraire, c'est du très haut niveau de A à Z. Les acteurs sont excellents, la réalisation est pensée au moindre détail (sans tomber dans l'esbroufe inutile), et les musiques sont pertinentes, comme toujours.
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Arkaron le lun. août 31, 2009 12:21 pm, modifié 1 fois.