Tiens, ça fait un bail que je ne suis pas revenu sur mes derniers visionnages:
King of Comedy (Stephen Chow et Lee Lik-Chi, HK, 1999)

L'un des films cultes dans la carrière de Stephen Chow, et je comprends pourquoi. Plongée humaniste et hilarante dans la production filmique hongkongaise, sur laquelle Chow porte un regard critique et intransigeant. Enfin, c'est surtout un immense film comique, de l'immense parodie du cinéma de John Woo aux quiproquos sentimentaux qui structurent le film. Suis curieux de découvrir la suite, prévue pour 2015.
Strictly Ballroom (Baz Luhrmann, AU, 1992)
Revu avec un immense plaisir. Luhrmann avait déjà un style pour son premier film et se délecte dans cette confrontation culturelle à base de danse et de rythme.
El Niño (Daniel Monzón, ES/FR, 2014)
Nouveau film du réalisateur de
Celda 211. Sous ses airs de thriller sur fond de trafic de drogues,
El Niño nous assène un drame romantique pauvrement écrit et peu inspiré, qui se rapproche plus d'une telenovela que du film ambitieux qu'il aurait voulu être.
Magnificent Trio (Chang Cheh, HK, 1966)
Film presque manifeste de Chang Cheh et de sa volonté à vouloir remplacer la dominance des héroïnes dans les wuxia pians par une troupe de mâles qui n'hésitent pas à faire tomber les habits dans des effusions de sang infinies. On n'y retrouve pas encore la fluidité de la mise en scène plus tardive, notamment lors des scènes de combats, passives et qui manquent d'enjeux.
The One-Armed Swordsman (Chang Cheh, HK, 1967)
Premier volet de la trilogie du sabreur manchot. Puissant, symbolique, sanglant. Je ne suis pas un grand fan de l'acteur principal, Wang Yu. Surpris par l'approche de Chang Cheh lors des scènes de combats, avec sa caméra extrêmement mobile.
Golden Swallow aka
Le Retour de l'Hirondelle d'or (Chang Cheh, HK, 1968)

Chang Cheh prend le petit bébé de King Hu (l'Hirondelle d'or), autre révolutionnaire du genre du wuxia pian, pour l'adapter à son cinéma. En gros, le personnage du titre est relayé en second plan pour se concentrer avant tout sur un autre épéiste, Little Roc, incarné par Wang Yu (encore lui). J'ai ressenti une certaine frustration dans la dénaturation du projet même si l'ensemble est d'une grande beauté.
Return of the One-Armed Swordsman (Chang Cheh, HK, 1969)
Deuxième épisode de la trilogie du sabreur manchot. On épouse carrément la veine d'exploitation en servant un récit sériel où tout est autorisé pour amener des combats et des armes/gadgets farfelues. Grand-guignolesque, mais très plaisant.
The New One-Armed Swordsman (Chang Cheh, HK, 1971)
Dernier film de la trilogie du sabreur manchot. On prend plus ou moins la même histoire et on recommence, avec David Chiang à la place de Wang Yu - une bonne chose. Chang Cheh développe abondamment le sous-texte homo-érotique cher à son cinéma, qui atteint son paroxysme dans la relation "amicale" entre les deux protagonistes et l'exutoire funeste de la fin.
The Deadly Duo (Chang Cheh, HK, 1971)
Les nouveaux chouchous de Chang Cheg, David Chiang et Ti Lung, dans une histoire feuilletonesque un peu neuneu mais qui sert surtout à amener des occasions de se battre. Un cinéma gore et jouissif, mais qui sombre presque déjà dans une caricature de lui-même.
Dragon Inn (King Hu, TW, 1967)

Perturbant de comparer le cinéma bruyant et sanglant de Chang Cheh avec lui de King Hu, posé et étudié. Ici, le scénario alambiqué ferait partir en courant tout néophyte du genre (des personnages importants débarquent sans crier gare, tout comme d'immenses ellipses). C'est beau, chorégraphié et délicat, mais les jeux politiques pas toujours évidents à cerner.
Le Poison et l'épée (Poon Man-kit, HK, 1993)
Ce n'est pas pour ses scénarios que j'aime le cinéma hongkongais, mais celui de ce film manque vraiment de rigueur. On sent l'écriture improvisée au cours du tournage, où les scènes d'action guident le récit. Alors certes, elles sont chouettes, plutôt inventives et généreuses, mais le triangle amoureux rime à rien et les motivations usuelles du xia semblent un peu branlantes. Qu'est-ce que c'est gore par contre... Au début, une mère prouve l'innocence de son fils en lui ouvrant l'estomac. Bref, y'a un peu à boire et à manger, c'est clairement pas le meilleur film de la vague de wuxia fantastiques des 1990s, mais ça reste tout de même regardable.
Les Amours imaginaires (Xavier Dolan, CA, 2010)
Lui ai redonné une change quand j'ai eu une soudaine envie de voir les autres films de Dolan. Je n'accroche pas vraiment à cet exercice de style poseur, terriblement dépendant de ses influences (enfin, de Wong Kar-wai), même si Dolan a une esthétique parfois fascinante et de bonnes trouvailles visuelles. Ces intermèdes à la Rohmer/Godard en revanche n'apportent rien, je les ai trouvés insupportables. Heureusement que la dernière partie perd un peu de sa superficialité et montre que Dolan peut parvenir à développer un poil ses personnages.
Laurence Anyways (Xavier Dolan, CA, 2012)

Une fresque ambitieuse, parsemée de défauts - notamment dans ses tics esthétiques et tendances clipesques hétérogènes - mais fascinante. Sur près de trois heures, Dolan peint le portrait d'un homme voulant devenir femme, une tragédie humaine portée par des acteurs incroyables (l'un des points forts de ce cinéaste). La dernière séquence est tellement belle, j'en ai pleuré.
Tom à la ferme (Xavier Dolan, CA, 2013)
Dolan change de style (chic), s'essaie au thriller avec des tons sobres et secs (chic), mais ne parvient pas totalement à se détacher de ses tics esthétiques (moins chic), notamment avec ces changements de format d'image, véritable mauvaise idée qui alourdit le propos du film. C'est très bien joué, il y a de belles séquences, mais ça reste un exercice de style pas vraiment convaincant. Vivement que je voie
Mommy pour me rappeler que Dolan sait faire du bon cinéma.
Tuer! (Kenji Misumi, JP, 1962)
Soufflé par la beauté esthétique, le calme tempéré de Misumi, le leitmotiv allégorique et sa réflexion sur l'acte de tuer.
La Lame diabolique (Kenji Misumi, JP, 1965)

Misumi thématise le sabre, objet iconique du chambara - genre national(iste) -, et sa propension à pervertir l'âme humaine. Encore une fois, c'est beau à en mourir, tragique, et propose un discours sur la hiérarchie et le prédéterminisme sociaux. Et la grâce de ces combats!
P'tit Quinquin (Bruno Dumont, FR, 2014)
Une bizarrerie coquasse, drôle et froide, voisine de
Twin Peaks. Vu le tout d'un bloc, peut-être un peu trop indigeste sous cette forme, mais cela reste un sacré moment de cinéma (oui, même si c'est une mini-série produite par Arte).
La Crème de la crème (Kim Chapiron, FR, 2014)
Une tentative intéressante d'une transposition d'un microcosme économiques, mais qui n'affiche peut-être pas suffisamment son deuxième degré. Cela dit, j'ai une certaine affection pour le film et Chapiron a un vrai sens de l'image. Et cette fin - du romantisme naïf et osé comme on en voit peu!
Short Term 12 (Destin Daniel Cretton, US, 2013)
Le bon gros drame sans grande surprise mais terriblement bien écrit et exécuté.
The Hitchhiker's Guide to the Galaxy (Garth Jennings, UK/US, 2005)
Plus revu depuis près de dix ans (!), je me demandais ce que j'allais en penser... J'avais oublié la tonne de bonnes idées, dont beaucoup sont empruntées à Douglas Adams évidemment, mais qui rendent le film très agréable à regarder. Rien de très révolutionnaire - pour le coup, j'ai préféré lire les bouquins - et un poil répétitif.
The Doom Generation (Gregg Araki, US, 1995)

Le meilleur film de Gregg Araki. Toutes ses obsessions thématiques et visuelles se conjuguent ici dans le deuxième film de sa ''teen apocalypse trilogy''. Des jeunes en cavale dans un univers dystopique, qui sent bon le parfum de fin du monde. Énorme trip esthétique - on ne compte plus les trouvailles de décors et d'éclairages -, critique acerbe de la société américaine et de ses mœurs, dont le conformisme fascisant ne peut que déboucher sur la fin de l'existence. Les personnages ne sont plus influencés par la culture pop mais évoluent directement à l'intérieur de celle-ci; pas étonnant qu'au drive-in trône un écran blanc, vierge, puisque l'action se déroule désormais à l'extérieur du cadre (des zombies co-existent par exemple avec les personnages, dont le road-trip est ponctué de ruptures narratives découlant de diégèses appartenant à la culture collective populaire). Bref, les dérives de la société (américaine) dans toute sa splendeur décadente et dans un final traumatisant.
Nowhere (Gregg Araki, US, 1997)
Rebelote avec le troisième film de la trilogie apocalyptique adolescente d'Araki. Le film m'a beaucoup plu, moins que son précédent, notamment parce qu'il se perd un peu dans son approche kaléidoscopique et sa multitude de personnages. Cela dit, le cinéaste épouse encore plus le clash des genres (dans tous les sens du terme) et développe une étonnante palette esthétique.
Kaboom (Gregg Araki, US, 2010)
Rétroactivement, en comparaison avec les précédents films de son réalisateur,
Kaboom apparaît comme une redite moins inspirée. On retrouve exactement les mêmes éléments que dans sa trilogie, si ce n'est que la musique hype a changé et que ses acteurs fétiches ont vieilli. Dans sa volonté subversive, Araki se perd un peu et n'arrive jamais à démêler son brouillon d'idées pour atteindre la maestria de
The Doom Generation.
Saint Laurent (Bertrand Bonello, FR, 2014)

Un beau film, qui manque d'un petit quelque chose pour en faire un grand film. D'ampleur peut-être. Parce que finalement, le tout se déroule dans une certaine passivité, un peu à l'image du personnage de Saint Laurent. Comme le disait Sigurd, Bonello réussit à le mettre en image sans le démythifier, en le traitant de manière plus ou moins achronologique. Superbe casting, ingénieux split-screens... mais on ne dépasse jamais cette excellence formelle.